Le parcours du jour : Un chantier titanesque !
Avant de vous raconter comment j’ai littéralement explosé en plein vol, posons le décor de cette Étape du Tour 2022. Le menu du jour est digne des plus grandes légendes du cyclisme : 170 kilomètres au départ de Briançon pour rejoindre l’arrivée mythique à l’Alpe d’Huez, le tout avec un dénivelé positif affolant de 4 500 mètres. Au programme, l’enchaînement de monstres sacrés : on commence « en douceur » par le Col du Lautaret pour enchaîner directement avec le toit du Tour, le Col du Galibier (2 642 m). Ensuite, une très longue transition pour aller chercher l’interminable Col de la Croix de Fer (29 km), avant de terminer par les 21 virages de l’Alpe d’Huez. Le tout, sous une canicule annoncée à plus de 35 degrés dans les vallées. Un chantier.
Le départ et le Galibier : L’illusion de la fraîcheur

Le réveil pique à 5h du matin. À 6h30 dans le sas de départ à Briançon, ça caille sévère ! Mais la stratégie « manches courtes » s’est révélée payante dès les premiers kilomètres du Lautaret. Cette première ascension de 27 km à 3 % de moyenne se fait au train, sans forcer. C’est un pur bonheur. Le passage dans le Galibier derrière est magique : la route nous est 100 % réservée, on forme un serpentin ininterrompu de 15 000 cyclistes à perte de vue. J’arrive au sommet encore frais (bien que mon amie Justine m’ait déjà mis 5 minutes dans la vue sur 8 bornes !).


La vallée de la Maurienne : L’erreur du débutant
S’il y a une chose que je ne sais pas faire, c’est rester sagement caché dans les roues. Vous aviez été très nombreux à me prévenir : « Cédric, dans la vallée, reste au chaud ! ». Mais mon tempérament a repris le dessus. Au lieu de me reposer dans ce long faux-plat descendant, je me suis mis à la planche pour tirer un gros groupe à plus de 40 km/h de moyenne. Un vrai kiff sur l’instant, mais une dépense énergétique que j’allais payer très, très cher quelques heures plus tard.
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La Croix de Fer : L’usure mentale et thermique
Dès les premières rampes de la Croix de Fer à Saint-Jean-de-Maurienne, on rentre dans le dur (8 à 9 %). Ce col de 29 kilomètres n’est pas un cadeau. Il n’offre pas de vue spectaculaire pour faire passer la pilule, et surtout, il est psychologiquement terrible : à chaque palier, la route vous fait redescendre pour vous obliger à remonter ce que vous venez de perdre. Avec le compteur qui affiche déjà plus de 32 degrés, la chaleur commence à faire son travail de sape. On est purement dans la gestion de la souffrance.
L’Alpe d’Huez : La fournaise et l’explosion totale
Après 150 bornes, deux cols Hors Catégorie dans les jambes et une descente express, je me présente au pied de l’Alpe d’Huez. Dès le premier virage à gauche, c’est le couperet. Le mur de chaleur de la vallée me tombe dessus : 40 degrés affichés au compteur sur des pentes à 9 %. Mon corps a totalement dit stop. La puissance était encore un peu là, mais le cerveau a débranché. Les 6 premiers kilomètres ont été un enfer absolu. C’est simple, je me suis arrêté 5 fois. Dès que j’entendais le bruit d’un ruisseau ou d’un filet d’eau sur le bord de la route, j’étais attiré comme un aimant pour m’arroser la tête. C’était l’hécatombe sur le bord de la route, personne ne parlait, on se comprenait juste d’un regard. Il a fallu attendre d’atteindre le village d’Huez (1 400 m) pour retrouver des températures tolérables (30 degrés) et réussir à finir les 6 derniers kilomètres d’une seule traite, perclus de crampes.
Le Bilan : Une médaille qui veut tout dire
J’ai franchi la ligne d’arrivée après environ 9h20 d’effort (ma plaque de cadre n’ayant pas fonctionné, je n’ai pas de temps officiel précis). Mais peu importe le chrono ou le classement. Pour beaucoup, cette médaille de finisher qu’on nous met autour du cou à l’arrivée n’est qu’un vulgaire bout de métal qui ne sert à rien. Mais pour les milliers de cyclistes qui sont allés au bout d’eux-mêmes, qui ont bravé cette canicule, ces 4 500 m de D+ et ces crampes, elle représente des souvenirs impérissables et un accomplissement personnel exceptionnel.
Je l’ai fait, vous l’avez fait. Bravo à tous, et merci pour tous vos encouragements sur le bord de la route, vous avez été mon meilleur ravitaillement de la journée !