La course à l’armement, c’est ainsi que l’on pourrait voir cette lampe lorsque l’on tombe sur son packaging avec ces 3300 lumens annoncés — c’est de loin la lampe la plus puissante que j’ai pu tester depuis que je fais du vélo. C’est du moins la promesse écrite sur la boîte. Et lorsqu’on la retourne, on découvre que cette puissance est accessible durant 3h. Plus de doute, cette lampe envoie grave ! Mais est-ce les vrais chiffres ? Comment est-ce possible ? On va décortiquer cette Fenix BC45R. C’est parti.
Contenu de la boîte
On connaît tous l’enthousiasme que l’on a à ouvrir un nouveau produit, ce fameux unboxing. À l’intérieur de ce pack vous trouverez la lampe BC45R bien sûr, accompagnée de ce qui fait l’intérêt de ce produit : une petite télécommande alimentée par une pile CR1632 permettant de contrôler la lampe à distance une fois sur la route. On retrouve aussi un lot de supports avec des adaptateurs en caoutchouc pour s’adapter à votre cintre… rond. Oui, j’ai bien dit rond. Une nouvelle fois les fabricants choisissent la facilité en proposant des accessoires adaptés à ce qui se fait de moins en moins sur le marché du vélo route : un cintre rond.

Pour ma part je n’ai plus aucun vélo avec ce type de cintre. Pour pouvoir l’essayer, ma seule solution est d’acheter un adaptateur vendu en supplément qui transforme l’accroche propriétaire de la lampe en accroche compatible GoPro, pour pouvoir la monter sous mon support déporté — on en reparle plus loin.
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Finissons le tour de la boîte : câble USB type C pour recharger la lampe, et une notice. Qui ici lit les notices ? Eh bien vous devriez, cette fois-ci. D’abord pour découvrir comment connecter la télécommande à la lampe (une petite procédure est nécessaire), mais aussi pour y découvrir l’information qui change absolument tout sur les chiffres max annoncés sur la boîte : la courbe de décharge de la lampe.
La Lampe BC45R
Prenons un peu de recul sur tout ce qui va suivre : cette BC45R est vendue comme une lampe pour VTT/chemin, ce qui peut expliquer l’absence de ligne de coupure ou d’éclairage uniforme pensé pour la route. Gardez ça en tête, et voyons si elle peut malgré tout convenir à un usage route.
Avant de l’allumer, faisons le tour de cette lampe. Elle est grosse, tant physiquement (125 x 50 x 37 mm) que par le poids : 300 g. On ne peut pas lui enlever ça, elle respire la solidité — d’ailleurs elle résiste à une chute jusqu’à 1,5 mètre. C’est un bon point, car si la lampe vient à casser votre support déporté en plastique, elle sera encore en vie : les 300 g vont créer une belle sollicitation si vous la positionnez sous votre compteur. Si vous n’avez pas un bon support déporté en aluminium tenu par deux vis, abstenez-vous. Point positif de ce poids : il est bien réparti entre l’avant et l’arrière, ce qui évite qu’elle bascule inutilement si la route se met à vibrer.
Côté éclairage on retrouve deux types de LED : une grosse LED SFT-40 qui sert de feu de route pour voir loin, contrôlable via son bouton associé, et 4 LED SST12 considérées comme feu de croisement, contrôlables via leur propre bouton.
Pas de ligne de coupure anti-éblouissement : l’éclairage est de type uniforme (rond) avec un point chaud au milieu, mais rien n’est mis en place pour créer un horizon et limiter la gêne pour les autres usagers de la route. La marque a simplement positionné les feux de croisement en position haute et le feu de route en position basse ; avec une bonne inclinaison de la lampe, ils pointent légèrement vers le bas, ce qui suffit à limiter l’éblouissement.
Finissons le tour de la lampe : sur le dessus, un écran permet de connaître en deux secondes le nombre de lumens qui sortent de la lampe suivant le mode choisi. D’ailleurs ce compteur permet directement de se rendre compte que les 3300 lumens promis ne tiennent pas très longtemps — on y revient tout de suite.
À l’arrière, un tiroir à accus verrouillable, facile d’accès : on peut les changer en 20 secondes et repartir si vous voulez prolonger votre nuit. Très bon point.
La batterie se recharge via le port USB type C sous la lampe. Vous pouvez aussi recharger les accus en utilisant la lampe, mais sa puissance sera alors limitée au niveau 2 sur les deux LED pour éviter la surchauffe (ce qui correspond à l’écran à un mode ~1000 lumens).
Puis le système d’accroche sous forme de glissière qui se clipse : solide, ça marche bien, rien à signaler de ce côté-là.
La norme FL1, ou pourquoi les chiffres du carton ne racontent pas toute l’histoire
Revenons quelques instants sur la notice, celle qu’on a l’habitude de mettre de côté. On y trouve les courbes de décharge de la lampe — une excellente chose pour comprendre son vrai fonctionnement, et c’est grâce à elles qu’on découvre ses capacités réelles.
Cette lampe, comme l’écrasante majorité du marché, respecte la norme ANSI/PLATO FL1, un standard américain mis en place depuis 2009 pour harmoniser les chiffres affichés sur les boîtes de lampes. Sur le papier c’est une bonne idée : ça permet de comparer les produits sur une base commune. Sauf que dans les faits, c’est plus trompeur qu’il n’y paraît.
La norme autorise à afficher côte à côte deux valeurs mesurées indépendamment : les lumens de pic (mesurés dans les premières minutes) et l’autonomie (mesurée jusqu’à ce que la lampe descende à 10% de ce pic) — sans obligation d’indiquer que les deux ne se produisent jamais en même temps. Résultat concret sur le mode 3300 lumens de la BC45R :
| Segment | Durée | Puissance |
| Pic | 0 > 18 min | 3300 > 1320 lm |
| 1er palier | 18min > 2h | 1320 lm stable |
| Chute | 2h > 2h09 | 1320 > 330 lm |
| Palier final | 2h09 > 3h | 330 lm stable |
Autrement dit : la lampe annoncée « 3300 lumens pendant 3h » éclaire en réalité en moyenne à environ 1100 lumens sur ces trois heures, avec une dernière heure à seulement ~330 lumens. Autant dire que vous n’avez que 2h d’éclairage vraiment confortable.
Ce n’est pas propre à Fenix — la quasi-totalité des lampes du marché (Nitecore, Olight, etc.) fonctionnent avec la même norme et la même mécanique de courbe en paliers. Je trouve simplement que la norme FL1 gagnerait à être plus contraignante et à obliger les fabricants à afficher ces paliers, nettement moins vendeurs mais bien plus réalistes que le seul chiffre de pic. On détaille en profondeur le fonctionnement de cette norme et ses limites dans une vidéo dédiée.
Ce n’est pas un mauvais chiffre en soi — plus de 1300 lumens tenus sur 2h reste excellent pour une lampe de vélo — mais ça diffère nettement de ce qui est écrit sur le packaging.
Sur le vélo
Vous l’aurez compris, cette lampe éclaire fort en puissance max : plus de 1300 lumens sur 2h, c’est l’une des plus puissantes que j’aie testées (les autres lampes à 2000 lumens annoncés que j’ai pu essayer avaient exactement le même fonctionnement, avec une courbe de décharge identique dans l’esprit).
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Premier problème : j’utilise la lampe tête en bas. Pour que mes feux de croisement soient bien orientés, je dois l’orienter bien droite — mais ce faisant, le feu de route, le plus puissant, se retrouve directement dans les yeux des autres usagers. Autre souci de l’utilisation tête en bas : le port USB se retrouve tête en haut, pas terrible pour le protéger des intempéries. Il possède un cache anti-poussière et eau, mais il faudra s’assurer de son bon emboîtement. La lampe est IP66 et résistera à de fortes projections d’eau, ce qui est largement suffisant pour ce type de produit.

Ces problèmes disparaissent si vous avez un cintre rond et installez la lampe en position « normale ». Dans tous les cas, serrez fermement la fixation et le support pour limiter les vibrations : les 300 g de la lampe vont forcément s’impacter dessus.
Allez, place à la puissance d’éclairage sur la route.
Sur la route
C’est puissant ! Ça pourrait être un très bon résumé de ce que j’ai vécu avec cette lampe. Le mode boost, qui redonne pendant quelques secondes les 3300 lumens, est assez impressionnant en pleine nuit : personne ne dira qu’il ne vous a pas vu, et vous ne louperez pas les obstacles sur la route, ça c’est sûr.
Mais comme souvent, qui peut le plus peut le moins, et les modes inférieurs se révèlent les plus intéressants : 1500 lumens, 1000 lumens, une fois la nuit installée, sont largement suffisants pour rouler, être vu et voir où l’on va, avec une autonomie supérieure (mais n’oubliez pas que le mode « 1500 lumens » ne vous offrira en régime de croisière que ~700 lumens réels — courbe de décharge oblige, encore).
C’est une histoire de gros chiffres, tout ça. La réalité, c’est que l’éclairage est bon et suffisant, mais je ne peux pas m’empêcher de me dire qu’à chaque croisement, sans ligne de coupure ni gestion du faisceau, j’éblouis les autres usagers. Heureusement, la télécommande permet de réduire la puissance dès qu’un phare arrive au loin (si je peux anticiper — car il faut souvent passer en mode max avant de redescendre en mode mini, ce qui éblouit encore davantage sur l’instant).

On sent vraiment que cette lampe a été pensée pour les chemins, où les seules interactions avec d’autres usagers sont des animaux sauvages, pas des véhicules. Je suis personnellement assez sensible à ne pas déranger les autres, autant qu’à ma propre sécurité — et cette lampe ne permet pas de cumuler les deux sur route ouverte.
Côté distance d’éclairage, c’est largement suffisant pour voir où l’on met les roues et éviter les nids de poule et obstacle ainsi que pour anticiper les animaux sur le bord de la route (vous allez adorer voir les yeux qui brillent au loin dans la nuit).
Conclusion
Faut-il l’acheter ? À 159 €, cette lampe a de gros points forts : sa puissance, ses accus remplaçables, et sa télécommande déportée qui facilite grandement son utilisation. Mais si vous comptez l’utiliser sur un vélo de route, c’est un gros bébé assez lourd, avec une gestion du faisceau peu adaptée au partage de la route. Il faut le savoir. Si vous cherchez avant tout la puissance et l’endurance et que le risque d’éblouir les autres ne vous arrête pas, foncez, c’est une excellente lampe. Sinon, il faudra peut-être regarder ailleurs — je continue de mon côté mes recherches pour trouver la lampe route parfaite.
